Réduire les risques et les dommages des alcoolisations ponctuelles

Annexe 9. Réduire les risques et les dommages des alcoolisations ponctuelles
importantes (binge drinkings) – Actions pratiques appropriables par tout
professionnel et tout usager du système de santé
Le binge drinking, version anglophone de l’alcoolisation ponctuelle importante (API), est défini en
France par la consommation d’au moins 6 verres standards (soit 60 g d’alcool pur) par occasion. Il est
établi qu’une telle alcoolisation se déroule en un temps très court, estimé à moins de 2 heures.
Risques spécifiques des API
La recherche d’ivresse de façon intentionnelle et aussi rapide que possible, quelles qu’en soient la
raison et les modalités, est liée à des contextes (par exemple festifs) et des prises de risques spécifiques
:
‒ accidents de la voie publique et de circulation ;
‒ chutes et blessures ;
‒ vulnérabilité accrue ;
‒ altération des capacités de réflexion et d’action (par exemple, incapacité à réagir et à se protéger)
;
‒ perte de maîtrise de soi (impulsivité, violences infligées ou subies) ;
‒ mise en danger de soi ou d’autrui ;
‒ pratiques sexuelles contraintes et/ou non protégées (IST, grossesse non désirée) ;
‒ conséquences immédiates pour l’état de santé : traumatisme, troubles digestifs, malaise, hypothermie,
coma éthylique, séquelles neurologiques, etc.
Exemples d’actions spécifiques pour réduire les risques et les dommages des API (liste non
exhaustive et inspirée des pratiques professionnelles en milieux festifs)
Ces propositions sont applicables en toutes circonstances de forte alcoolisation et/ou d’ivresse avec
prises de risque multiples. Elles contribuent à la prévention et la gestion des complications des API.
‒ S’alimenter avant et pendant les consommations (ne pas être à jeun pour attaquer une soirée) ;
‒ Ne pas boire trop vite ;
‒ S’hydrater très régulièrement (surtout avec de l’eau et toute autre boisson non alcoolisée en
ayant à l’esprit que le goût sucré peut masquer celui de l’alcool) ;
‒ Éviter les mélanges d’alcool ;
‒ Éviter l’association à d’autres substances psychoactives (alcool et cocaïne, alcool et NMDA,
etc.) qui peuvent potentialiser chaque produit ;
‒ Se renseigner sur le contenu de la boisson proposée (mélange d’alcools et/ou à d’autres substances
psychoactives ayant pu être ajoutées à l’insu de la personne) ;
‒ Espacer les consommations d’alcool (par exemple, alterner avec des boissons non alcoolisées
pour contrer l’envie de boire toujours plus d’alcool) ;
‒ Essayer de ne pas participer aux « défis » et « tournées » parce qu’ils impliquent une consommation
répétée, à un rythme soutenu ;
‒ Ne pas boire seul ;
HAS • Agir en premier recours pour diminuer le risque alcool : repérer tous les usages et accompagner chaque personne • juillet 2023
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‒ Avoir un entourage de confiance ;
‒ Disposer de préservatifs ;
‒ Ne pas prendre le volant ou autre véhicule en état d’alcoolisation ;
‒ Avoir un capitaine de soirée (SAM) qui ne boit pas pour pouvoir assurer la conduite au retour ;
‒ Dormir sur place ;
‒ Prendre soin de soi avant de prendre la route du retour (dormir, manger) et faire un éthylotest ;
En cas de malaise et somnolence
‒ En cas de malaise et/ou nausées avec conscience préservée (pour soi-même ou une autre
personne) : absorber quelque chose de sucré, se réhydrater avec de l’eau, s’aérer et respirer
profondément en libérant tout ce qui peut gêner la respiration (col, ceinture, etc.), ne pas s’empêcher
de vomir, ne pas continuer à boire, se reposer au besoin en se couchant sur le côté
(PLS), ne pas être seul pour suivre l’évolution du malaise ;
‒ En cas de somnolence, s’allonger ou allonger la personne sur le côté (en position latérale de
sécurité), la réchauffer et lui parler pour suivre son état. En cas d’aggravation et/ou moindre
doute, ne pas hésiter à appeler les secours ;
‒ Prévenir les secours (15 ou 18 ou 112) en cas de malaise prolongé et/ou de non-réponse, de
perte de connaissance, d’hypothermie, de dépression respiratoire.
Trois catégories d’actions de RdRD liées aux API : avant, pendant, après
‒ Avant : informer et outiller
 Information et communication ciblée sur les risques spécifiques encourus ;
 Information sur les points de vigilance ;
 Information sur les bonnes pratiques à avoir en cas d’API (cf. actions spécifiques) :
- échanger sur les moments de vie associés à des API : moments festifs (soirée de fin de
semaine, repas de fête, etc.), situation personnelle/professionnelle stressante, etc.,
- vérifier si ces situations de vie sont subies et/ou choisies de manière éclairée ;
 Accompagnement personnalisé au repérage et à l’anticipation des risques, à l’élaboration
de stratégies de protection en fonction de l’environnement de consommation (par exemple,
identifier le « verre bascule » à partir duquel il est plus difficile de décider de poursuivre ou
non une consommation) ainsi qu’à la prévention et/ou gestion des complications.
‒ Pendant : sécuriser (contribuer à la mise en sécurité aussi optimale que possible)
 Évaluer les risques et la vulnérabilité de la personne ;
 Sécuriser autant que possible la situation de la personne (cf. actions spécifiques) ;
 Alerter les secours en cas de situation le justifiant (hypothermie, coma) ;
 Mobiliser l’entourage pour suivre le retour à la normale ;
 Prévenir les surrisques (agir sur les mises en danger).
‒ Après : analyser – informer – sécuriser
 Évaluer l’après (blackout, état dépressif, signes de manque, complication somatique, sociale
ou judiciaire, etc.) ;
 Aborder les risques pris et leurs impacts somato-psycho-sociaux éventuels pour envisager
les actions nécessaires à mener sans délai. Par exemple, en cas de relation sexuelle à risque
non protégée : bilan IST, PrEP, pilule du lendemain, test de grossesse ;
 Aborder les solutions et stratégies à déployer pour éviter une récidive de ces prises de
risques.

Annexe 10. Exemples d’actions pratiques dans la vie courante et pour tout un
chacun (la personne et son entourage) visant à réduire les risques et les dommages
des consommations d’alcool
Toujours
‒ Se donner le droit de refuser de l’alcool sans craindre que cela soit une impolitesse ou un
manque de respect pour la personne qui le propose ;
‒ Respecter le choix personnel de chacun, de consommer ou de ne pas consommer d’alcool ;
‒ Veiller à ne pas stigmatiser une personne qui ne consommerait pas d’alcool ;
‒ Veiller à ne pas stigmatiser une personne en difficulté avec l’alcool ;
Au quotidien
‒ Limiter le nombre d’occasions de consommer en une même journée ;
‒ Éviter la consommation d’alcool en dehors de repas ;
‒ S’efforcer d’identifier et de renoncer aux verres superflus et/ou de moindre importance ;
‒ Toujours mettre de l’eau à disposition en cas de consommation d’alcool (a fortiori en cas de
forte chaleur) ;
Apéritifs & repas
‒ Commencer un apéritif par un grand verre d’eau pétillante pour étancher la soif et éviter que le
premier verre de boisson alcoolisée ne soit bu trop rapidement ;
‒ En cas d’apéritif, prévoir et proposer aussi diverses boissons non alcoolisées (eau plate et gazeuse,
jus de fruits, cocktails sans alcool, eaux aromatisées, ice tea, bière sans alcool, etc.) ;
‒ Proposer de l’eau (plate, gazeuse) et des glaçons qui, tout en se mariant parfois très bien avec
une boisson alcoolisée, peuvent en réduire la quantité absorbée ;
‒ Intercaler une boisson non alcoolisée, pour s’hydrater, entre les consommations d’alcool (par
exemple, boire une bière sur deux sans alcool) ;
‒ Veiller à s’alimenter en cas de consommation d’alcool : que ce soit pendant le repas ou en cas
d’apéritif en prévoyant toasts, feuilletés, fruits secs, légumes taillés, verrines, etc., en évitant les
produits de grignotage trop salés (cacahuètes, chips) qui renforcent la sensation de soif ;
‒ Toujours prévoir 2 verres dont 1 pour l’hydratation à base de boissons non alcoolisées ;
‒ Ne pas resservir systématiquement en alcool, a fortiori sans l’accord préalable de la personne ;
Les associations à risque
‒ Éviter le cumul et les mélanges d’alcool ;
‒ Être vigilant avec le mélange « alcool et boissons sucrées » car ces dernières peuvent masquer
le goût de l’alcool et favoriser ainsi sa consommation ;
‒ Se soucier de l’association « alcool et médicaments » (demander conseil au pharmacien ou à
votre médecin traitant) ;
‒ Éviter l’association « alcool et boisson énergisante » (notamment à base de caféine) car pouvant
masquer l’effet de l’alcool et favoriser ainsi sa consommation ;
Par rapport aux plus jeunes
‒ Veiller à ne pas valoriser l’usage d’alcool ;
‒ Veiller à ne pas inciter les mineurs (a fortiori les plus jeunes) à consommer de l’alcool ;
‒ Veiller à ne pas laisser de bouteilles ou de verres d’alcool facilement accessibles aux plus
jeunes (qui pourraient être tentés par l’expérimentation sans surveillance adulte) ;
Mais aussi
‒ Veiller à ne pas valoriser l’usage d’alcool. Par exemple, pour porter un toast, s’abstenir de l’interjection
« Santé ! »26, trompeuse d’un point de vue sanitaire, et lui préférer « Tchin ! » ;
‒ Éviter les prises de risque en situation d’alcoolisation : reporter les décisions importantes, s’abstenir
d’actions à risque accidentogène (conduite de véhicule, certaines activités sportives
comme la plongée en mer ou en piscine, usage d’outils et autres instruments coupants, etc.) ;
‒ Privilégier un retour en taxi ou en transport en commun après un évènement alcoolisé ou bien
décaler son retour après s’être réhydraté et reposé ;
Cette liste ne peut pas être exhaustive tant la diversité des personnes, des modalités, des circonstances,
des contextes, etc., laisse toute opportunité à une multitude d’actions possibles qui se déploieront
et s’adapteront au gré des variations de situations.
26 Alcool et « Bonne santé », une association paradoxale dénoncée dans la nouvelle campagne de Santé publique France (santepubliquefrance.
fr)

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